Palestine, 2014 : La guerre depuis l’autre côté du mur

Palestine, 2014 : La guerre depuis l’autre côté du mur

À propos de l’auteur : Cédric Domenjoud est un chercheur indépendant et activiste basé en Europe. Ses domaines de recherche portent sur l’exil, les violences politiques, le colonialisme et l’autodéfense communautaire, en particulier en Europe occidentale, dans l’ancienne URSS et au Levant. Il mène des recherches sur la survie et l’autodéfense des communautés syriennes et réalise un film documentaire sur Suwayda, dans le cadre du projet Fajawat

A la fin du mois de juin 2014, je me rends pour la seconde fois en Palestine, moins de 9 mois après avoir du interrompre mon précédent voyage pour revoir mon père avant sa mort. C’était sans savoir que seulement quelques jours après mon arrivée sur place, une nouvelle guerre allait éclater. Récit.

J’arrive à peine que la guerre commence

Quelques jours avant mon arrivée en Palestine, le 12 juin trois jeunes colons de Gush Ezion ont été enlevés au bord de la route 60 entre Hébron et Bethleem, alors qu’ils faisaient du stop. Depuis, une vaste opération de ratissage et d’enlèvements ciblés – baptisée « Brother’s Keeper » – a été lancée par l’armée dans l’ensemble des territoires, couplée avec un bombardement massif de la bande de Gaza, le tout dans la perspective officielle d’anéantir le Hamas tenu pour responsable de l’enlèvement, et ce malgré le démenti de l’organisation.

Autour d’Hébron, mais aussi dans tout le reste des territoires, l’armée s’est évertué jour et nuit à fouiller les maisons de prétendus membres du Hamas, tout en faisant grimper la pression. En réponse, des affrontements ont eu lieu quotidiennement et ont déjà abouti sur l’assassinat d’une dizaine de palestiniens, majoritairement des jeunes tués par balles en marge ou au cours d’émeutes :

Ahmad Arafat Sabbareen, 21 ans, tué le 16 juin à Ramallah.
Mahmoud Jihad Muhammad Dudeen, 14 ans, tué le 20 juin à Doura.
Hajj Jamil Ali Jaber Souf, 60 ans, tué le 20 juin à Salfit.
Ahmad Sa’id Abu Shanno, 35 ans, tué le 22 juin à Al Ein (Nablus).
Mahmoud Ismael Atallah, 31 ans, tué le 22 juin à Ramallah.
Fatima Ismael Roshdi, 70 ans, tuée le 26 juin à Al Arroub (Hébron).
Mustafa Hosni Taher Aslan, 24 ans, mort le 26 juin suite à un tir israélien à Qalandia.
Ibrahim Abu Zagha, 21 ans, tué le 1er juillet à Jenin.

Et c’est sans compter les victimes des bombardements sur la bande de Gaza.

Parallèment, on chiffre à près de 600 le nombre de personnes enlevées et à plusieurs centaines les blessés. Nombreux sont ceux qui affirment qu’il n’y a pas eu de telle tension depuis la dernière Intifada.

Finalement, les corps des trois jeunes colons ont été découverts dans un champ près de Halhul le 30 juin, à quelques kilomètres seulement du lieu de leur enlèvement. Depuis, à la violence de l’armée s’est ajoutée le fanatisme des colons, qui ont multiplié les actions punitives (généralement en présence des soldats). Un enfant renversé par une voiture près de Bethleem, des funérailles attaquées à Ramallah, des oliviers détruits près de la colonie de Betar Illit, des heurts violents sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem, une manifestation spontanée de fanatiques israéliens aux cris de « mort aux arabes » dans la vieille ville de Jérusalem et finalement aujourd’hui l’enlèvement et le meurtre d’un jeune palestinien de 16 ans, Muhammad Hussein Abu Khdeir, à Shu’afat (Jérusalem Est).

Et les autorités israéliennes de rajouter de l’huile sur le feu en promettant de vastes représailles, qui viennent de prendre effet aujourd’hui dans toutes les villes des Territoires Occupés de Cisjordanie, avec l’arrestation d’une cinquantaine de personnes et la destruction à Hébron des maisons appartenant à la famille des responsables présumés (Marwan al-Qawasmi, 26 ans, et Ammar Abu Aisha, 33 ans, toujours introuvables) de l’enlèvement des trois colons.

Déjà, les soldats se laissent voir un peu partout au bord des routes et aux checkpoints. Mais ceci n’a malheureusement rien d’exceptionnel lorsqu’on est en territoire occupé. Les opérations et les enlèvements par l’armée se déroulent surtout en fin de journée.

La communauté internationale, dans son rôle habituel, condamne tout en donnant des excuses à Israël. Il semblerait que la vie de trois colons équivaut celles de dizaines de palestiniens. Israël a trouvé la le motif rêvé pour annuler les effets positifs de la réconciliation récente entre le Hamas et le Fatah et pour relancer une vaste offensive visant la destruction du tissu de résistance palestinien, qu’il soit pacifiste ou non.

Notons néanmoins que les enlèvements de palestiniens par l’armée n’ont rien d’exceptionnel : 2478 depuis le début de l’année 2014. Depuis des décennies, l’Etat d’Israël emprisonne pour plusieurs années des jeunes palestiniens, souvent mineurs, appliquant à la Cisjordanie des méthodes dignes de la bataille d’Alger et peu enviables au terrorisme qu’il prétend combattre.

Les territoires palestiniens retrouvent depuis deux semaines l’ambiance explosive de 2006, et les promesses vengeresses et belliqueuses de Netanyahu et de son ministre de la Défense ne laissent présager rien de bon pour ce mois de ramadan qui s’amorce.

Embouteillages et affrontements à Qalandiya

Qalandiya, que chacun connait, avec son checkpoint, son mur recouvert du portrait de Barghouti et son mirador calciné, est le principal point de passage entre Jerusalem et la Cisjordanie, et surtout lieu symbolique qui incarne toute l’humiliation des contrôles, l’apartheid et l’interdiction de sortir pour une grande partie des Palestiniens. En arabe, on dit hajez. Les Israéliens y contrôlent tout ce qui entre en Israël.

Qalandiya, c’est aussi un peu le nœud au milieu de la Palestine. Juste en contrebas du checkpoint s’étend le camp de réfugiés et entre les deux passe la route 60, qui relie Jalame (Nord de Jenin) et Meitar (Sud d’Hebron), les deux checkpoints aux extrémités de la Cisjordanie. Un nœud qui ne se déserre que rarement : les voitures viennent s’y coincer, avancent au ralentis, klaxonnent, font demi-tour. On pourrait croire qu’elles se chevauchent. Insupportable impression d’étouffement. Les bus blancs et verts peuvent passer en Israel, ainsi que les véhicules immatriculés d’une plaque israélienne jaune. Tous les autres, « services » jaunes et voitures immatriculées d’une plaque palestinienne verte et blanche doivent rester en Cisjordanie. Comme tous les palestiniens dépourvus d’autorisation de séjour en Israel, ils sont interdits sur leur propre territoire.

Des jeunes en armes, à l’attitude virile et méprisante, accomplissent les formalités de contrôle. Passeport et visa, carte palestinienne et autorisation de séjour obligatoires. Les piétons passent dans des grilles qui évoquent les couloirs de contention pour les élevages bovins. Des tourniquets qui se bloquent sans cesse, ouverts au bon vouloir du soldat impubère qui effectue les contrôles, et des files d’attente qui peuvent s’éterniser. Au dessus du tourniquet, deux lumières, une rouge et une verte. Mais vert ne veut pas forcément dire que c’est ouvert. Eternel recommencement, on passe et on repasse, on pose son sac dans le scanner et on colle son passeport contre la vitre blindée. Changement de bus, 5 shekels. Si on passe avec le bus, c’est 8 shekels le trajet entre Ramallah et Jerusalem (Porte de Damas).

Au dessus du checkpoint, il y a trois de ces fameux miradors qui parsèment le paysage palestinien. Celui qui domine l’entrée du camp de réfugiés est couvert de suie noire. Des pneus ont été incendiés juste à son pied durant des affrontements, qui à cet endroit sont hebdomadaires. Et depuis la mort de Mohammed Abu Khdeir, ils sont quotidiens. En ce mois de ramadan, ils commencent en général après l’iftar (rupture du ramadan).

Je me suis retrouvé dans l’un de ces affrontements sur ma route pour Shu’afat. Les soldats ont pris par moment l’initiative de venir très près des Palestiniens pour lancer des stunt grenades (grenades assourdissantes), ou se sont dissimulés derrière des bidons sur le trottoir de gauche pour tirer à balles réelles. Un sniper s’est accroupis derrière une citerne bleue, a ajusté son coup et tiré à plusieurs reprises. Sifflement et léger bruit métallique. Du côté palestinien, il y avait une quarantaine de personnes, munies de pierres et de frondes. C’est le mythe inversé de David contre Goliath, la victoire en moins. Il y aura eu au final deux palestiniens blessés par balle.

Profitant d’une accalmie, je me suis esquivé pour rejoindre Shu’afat

Jerusalem-Est se soulève suite à la mort de Mohammed Abu Khdeir

Dès le lendemain de l’enlèvement des trois jeunes colons de Gush Etzion l’État israélien, doué d’extravoyance, accusait déjà le Hamas. Mais ce même don ne lui a pas permis de retrouver Eyal Yifrach, Naftali Frankel et Gilad Shaer vivants. Le Shin Bet (service de sécurité israélien) est aujourd’hui contraint d’avouer son incompétence. Retrouvés morts à Halhul (nord d’Hebron), ils ont été enterrés à Modiin le 1er juillet.

Il n’en fallait pas plus pour déchaîner les passions. En moins de 24 heures, des centaines de fanatiques ont posté sur internet des appels au meutre et au génocide des arabes, et cela malgré l’appel à la raison des parents des trois victimes, qui ont précisé pour ceux qui en doutent que « le même sang coule dans les veines des arabes et des juifs ».

Mercredi à l’aube, Mohammed Abu Khdeir, 16 ans, a été enlevé par trois hommes devant un magasin de Shu’afat, avant qu’on ne retrouve son corps calciné dans une forêt des environs. L’examen du corps a révélé qu’il avait été brûlé vif après avoir été frappé. Les trois jours qui ont suivi ont vu la population de Shu’afat, mais également de plusieurs faubourgs de Jérusalem-Est (Beit Hanina, at-Tour, Silwan, Ras al-’Amoud et al-Eesawiyya) se soulever.

Le 4 juillet, premier vendredi du ramadan, a été marqué par les funérailles massives de Mohammed à Shu’afat, rassemblant plus de 10 000 personnes, tandis que l’État israélien a interdit la tenue de l’événement à la mosquée d’Al-Aqsa, sujette depuis plusieurs semaines aux intrusions violentes de fanatiques israéliens accompagnés de soldats.

Toute la nuit qui a suivi les funérailles, environ 200 personnes ont affronté les forces spéciales israéliennes jusqu’au milieu de la nuit, les prenant d’assaut sur le carrefour entre Beit Hanina et Shu’afat. Cocktails molotov et pierres contre balles de caoutchouc, grenades lacrymogènes et canons à eau. Apparemment, les forces spéciales n’ont pas fait usage de balles réelles, contrairement à Qalandiya plus tôt dans la journée, où le sniper caché derrière une citerne à eau semblait vouloir ajouter un nom à la longue liste des martyrs palestiniens.

Le tram de Veolia-Alstom n’a pas échappé aux révoltés de Shu’afat, qui ont découpé dans la soirée les rails et deux poteaux de la ligne qui relie Jérusalem aux colonies illégales de Giv’at-Ha Mivtar, Pisgat Ze’ev et Newe Ya’akov, privant ainsi plus de 50 000 colons de tramway. Et pendant ce temps, les incidents se multiplient à droite et à gauche : invasion de l’armée et affrontements dans la vieille ville d’Hébron, au camp de réfugiés de Al-Arroub (district d’Hebron), dans les villages de Barta’a ash-Sharqiyya (district de Jenine), Al-Asakra, Jouret ash-Sham’a et Um Salmouna (district de Bethleem), aboutissant sur de nouveaux enlèvements.

Et de la part des colons, on reporte également de nouveaux faits d’armes : à Osarin (district de Nablus) où Tareq Ziad Odeily, 22 ans, a été enlevé par deux véhicules israéliens avant d’être tabassé et laissé pour mort dans un terrain à proximité, à Keesan (district de Bethleem) où Ala’ Mousa Obeyyat, 17ans, a été renversé volontairement par une voiture de colon, et également à Sha’aba (quartier d’Hébron) où Bashir Sobhi al-Mohtaseb, 30 ans, a été tabassé par un groupe de colons de Kiryat Arba…

Une discussion avec le groupe de jeunes colons de Karmi Zur installés sous une tente à la sortie de Halhul m’a révélé une fois encore combien la désinformation et la haine dont ils sont nourris les pousse à voir en chaque arabe un égorgeur et un terroriste. Leur relation avec moi était pour autant extrêmement cordiale (on m’a offert du chocolat !). Au cours de notre conversation, je me suis laissé dire que les Palestiniens n’avaient aucune raison de se plaindre dans la mesure où Israël leur avait cédé gracieusement la bande de Gaza – désormais remplie d’hôtels luxuriants – avant de leur fournir gratuitement l’eau et l’électricité. J’ai également entendu que les arabes étaient éduqués dès le plus jeune âge pour tuer des Juifs et que le pourcentage de fanatiques en israël était infinitésimal. Les jeunes colons estiment également qu’ils sont seuls à vivre dans la peur et pensent que chaque nouvelle colonie est un moyen de souder davantage les Juifs des territoires occupés afin qu’ils puissent se protéger des agressions arabes. Ils ne comprennent d’ailleurs pas le terme « colons » qui leur est attribué.

J’ai mis un terme à ma présence parmi eux lorsqu’on m’a proposé d’attendre un rassemblement qui devait suivre et au cours duquels nous serions encadrés par des soldats pour nous protéger des hordes barbares. Autant dire que j’ai préféré m’en aller avant d’entamer de plus amples débats avec les forces armées d’Israël, préférant nettement passer ce début de soirée dans un bus rempli de dangereux Palestiniens pour rentrer à Ramallah…

Mounir Ahmad Al Badareen : une colombe est tombée

Le 14 juillet, il était entre 4 et 5 heures du matin dans le village de As Samu’ (district d’Hébron) quand des jeeps de l’armée ont investi le village.

Des heurts ont éclatés lorsque les résidents ont tenté de chasser les intrus, les poursuivant jusqu’au bord de la route 60, à l’extrémité occidentale du village. La route coupe à cet endroit la colline en deux telle une plaie ouverte dans le paysage, pour relier les colonies d’Otni’el et de Shim’a, et ensuite continuer vers Beer Sheba au delà du mur de la honte.

Mounir Ahmad Al Badareen, 19 ans, était l’un de ceux qui ont tenté de résister avec des pierres à l’occupant. Des pierres contre des fusils : tout le drame et le mérite d’une jeunesse désarmée qui risque sa vie quotidiennement pour se débarrasser de l’oppression.

Les dérisoires projectiles palestiniens ont volé sur la route en contrebas. On en aperçoit encore les traces deux jours après. Les jeunes étaient à découvert, bien trop exposés en surplomb de la route. Un soldat a tiré deux balles dum-dum calibre 22 (interdites depuis la Déclaration de la Hague de 1899 et banni en 2001 pour le contrôle des foules par l’avocat général de l’armée israélienne) dans le corps de Mounir. Ses amis ont pris la fuite.

Ensuite, les témoins ont raconté l’ordinaire barbarie des ado-soldats, qui ont malmené le corps blessé de Mounir, puis ont empêché l’ambulance du croissant rouge de lui venir en aide, tandis que son corps se vidait de son sang. Ca a duré quarante minutes. Quarante minutes pour devenir un shaheed, martyr d’une cause désespérée.

Le lendemain, Ahmad Hamdan Al-Badareen, professeur d’anglais, m’a raconté avec humilité le destin de son fils. Il m’a partagé surtout sa vision de l’occupation israélienne et son désir inconditionnel de connaître un jour une paix équitable. Un message de paix, bien loin de l’esprit de vengeance que les Israéliens prêtent aux Palestiniens. Dans paix équitable, il y a l’idée qu’une paix ne peut souffrir de compromis et qu’elle n’a de réalité que si les murs tombent. Pas de paix sans liberté, pas de liberté sans combat : on semblait se comprendre avec le père du shaheed.

Le soir, la famille de Mounir m’a accueilli chez elle comme son propre enfant, malgré nos différences et malgré leur peine. Assis parmi eux dans la salle communale, j’ai assisté à la cérémonie au cours de laquelle des centaines d’hommes d’ici et d’ailleurs sont venus leur apporter leurs condoléances.

Mounir avait un élevage de colombes. En tuant Mounir, les soldats israéliens ont insulté la liberté.

L’autorité palestinienne au service du colon

Israel semble pouvoir s’appuyer sur l’Autorité Palestinienne pour entraver toute véléité de révolte de la population palestinienne. Depuis toujours, le peuple est divisé entre ceux qui croient en une nécessaire insurrection et ceux qui cultivent l’espoir d’une paix arrachée par la diplomatie, y compris au prix d’insupportables compromis. Il semble que la perspective d’obtenir des miettes à l’issue (hypothétique) d’interminables pourparlers avec la Maison Blanche motive Mahmoud Abbas à cirer les chaussures de l’Etat colonial israélien.

La stratégie du Fatah au pouvoir a bien changé depuis la mort de Yasser Arafat. Il semblerait que l’élite confortable de Palestine n’a plus rien à gagner dans le combat et privilégie l’option de la pacification et de la compromission. Cette collaboration de la bourgeoisie Palestinienne avec l’occupant semble être encore une fois la condition préalable à la constitution d’un nouvel État.

Alors que l’armée israélienne multiplie les opérations pour décapiter le Hamas en Cisjordanie, par des arrestations arbitraires conduites de nuit dans l’ensemble des villes et villages des territoires occupés, l’Autorité Palestinienne assiste l’occupant dans ses efforts pour étouffer la résistance.

Depuis le début de la semaine, partout où la jeunesse palestinienne a pour habitude de combattre l’Occupation, la police palestinienne est intervenue pour prévenir tout conflit, s’interposant par la force entre la population en révolte et les soldats d’Israël.

C’est ce qu’il s’est passé cette nuit à Al Bireh, lorsque les forces anti-émeutes palestiniennes ont bloqué la route vers la colonie-garnison de Beit El, ou encore à Qalandiya, où la police de l’Autorité Palestinienne a pris le relais de l’armée d’Israel pour réprimer avec violence les émeutiers.

Déjà suite à l’assassinat par un sniper israélien de Mahmoud Ismael Atallah en plein centre de Ramallah le 22 juin dernier, la police palestinienne avait opté pour la répression, supprimant toute révolte dans la ville. Cette intervention s’était soldée par l’attaque du commissariat de police par la population. Les Palestiniens ne sont pas dupes.

Qu’espère obtenir l’Autorité Palestinienne ? Mahmoud Abbas pourra pousser aussi loin qu’il veut la collaboration avec l’Etat d’Israel, aucune paix ne sera jamais acceptable sans le démantèlement de toutes les colonies de Cisjordanie, l’application du droit au retour de tous les réfugiés, la libre-circulation de tous les Palestiniens et la suppression du mur de l’apartheid. Si au contraire l’Autorité Palestinienne s’obstine dans la voie du compromis, elle récoltera le contraire de ce qu’elle prétend obtenir. Et une troisième intifada pourrait lui être fatale.

Tour d’horizon des affrontements autour de Ramallah

Le décompte sanglant se poursuit dans la bande de Gaza. 583 palestiniens tués et 3640 blessés (comprenant de nombreuses amputations) depuis le 8 juillet. L’ONU publie même des fresques morbides où chaque victime a sa petite silhouette qui le représente. Chaque jour, les médias ici sont noyés d’images effroyables, de corps en morceaux et de vidéo montrant la mise à mort en direct par des snipers. Et en dessous, les commentaires innommables des partisans du génocide. La violence des mots sur internet permet de se rendre compte de la barbarie qui motive la destruction de Gaza. La guerre est livrée aussi sur les réseaux.

Et puis il y a ces Israéliens qui manifestent bruyamment leur envie de meurtre dans les rues, jusqu’à ériger à Haifa et Tel Aviv des checkpoint anti-arabes et anti-gauchistes. Le principe : faire dire « mort aux Arabes » aux automobilistes, sous peine de se voir roués de coups. L’ambiance est nauséabonde.

Et ici, de l’autre côté du mur, les affrontements avec l’armée israélienne sont quotidiens. Et les blessés ne se comptent même plus. Les soldats d’Israël tirent à balles réelles et font mouche plusieurs fois par heure. Dans la banlieue de Ramallah, j’ai pu voir comment tombent les lanceurs de pierres, les uns après les autres. On passe la plupart du temps accroupis ou à courir de planque en planque. Les pierres et les cocktails molotov tentent vainement de contourner les obstacles et touchent rarement leur cible, mais on dirait que les balles quant à elles, passent au travers de tout. Des lasers de fusil balayent l’obscurité, puis on entend un claquement métallique et une balle qui siffle. La mort se joue à pile ou face.

Autour de Ramallah, il y a plusieurs lieux où ça chauffe chaque soir à partir de la prière du soir (Isha), vers 22h30, et jusqu’à 3 ou 4 heures du matin :

OFER – En réalité, la ville s’appelle Bétunia, mais le lieux où se déroulent les affrontements est situé à quelques centaines de mètres de la prison israélienne d’Ofer et de son checkpoint. Ofer est, avec Megiddo et Ktzi’ot, l’une des trois principales prisons israéliennes où s’entassent les prisonniers palestiniens : entre 800 et 1200 détenus. La prison est dans l’arrière plan. Au premier plan, une petite route quitte Betunia pour rejoindre le checkpoint, devant lequel un immense terrain vague empêche quiconque de trouver un abris. Au sommet d’une colline se dresse l’une des usines du businessman Yasser Abbas – fils de Mahmoud Abbas – dont la fortune personnelle construite depuis les accords d’Oslo est vivement critiquée en Palestine. On y fabrique des cigarettes. Cela en dit long sur ce que la famille Abbas peut attendre des processus de paix en cours. Yasser, nationalisé au Canada, est bien loin de tous ces soucis, tandis que ses agents de sécurité observent les affrontements depuis un petit balcon. Les palestiniens utilisent en effet les pentes escarpées à proximité de l’usine pour s’abriter et lancer des pierres sur les véhicules qui font des va-et-viens sur le terrain vague en contrebas. Ils tentent aussi des approches sur le flan Est de la colline, qui donne directement sur le Mur. A cet endroit, il y a une porte que les soldats utilisent régulièrement pour contre-attaquer côté palestinien.

QALANDIYA – J’ai déjà décrit les lieux précédemment. La topographie est vraiment dangereuse. Le checkpoint est protégé par des blocs de béton, derrière lesquels les soldats se positionnent pour tirer à vue. En face, de part et d’autres de la route encombrée en permanence par des véhicules (même quand ça tire), se trouvent des échoppes avec très peu d’abris. A droite, un enorme talus, un restaurant planté au milieu et un hangar de taule, du matériel de chantier, de quoi s’abriter des tirs. Au centre, la route, empruntée en continu par des voitures qui passent au milieu des affrontements comme si de rien était. A gauche, un trottoir couvert qui passent devant des échoppes fermées. En général, les affrontements commencent par l’incendie de tas de pneus lancés sur la route, puis se poursuivent sur la colline qui longe le Mur. Mais le terrain permet rarement d’approcher le checkpoint à moins de 150 mètres, distance à laquelle seules les frondes ont une chance de faire mouche.

BEIT EL – Ce qu’on appelle Ramallah, ce sont en fait deux villes côte à côte, Ramallah à l’Ouest et Al Bireh à l’Est. Quasiment entre les deux, toujours la même route 60. On quitte la ville au niveau d’un rond-point au milieu duquel s’élance un immense porte-drapeau en béton. Au sommet, le drapeau palestinien, comme un défi lancé au colons et aux soldats qui résident en face. A l’Est de là, deux colonies surplombent la ville : Psagot et Beit El, la seconde ayant la spécificité d’accorder la moitié de son territoire à une base militaire. C’est donc à proximité de cette base militaire, au Nord de Ramallah-Al Bireh, qu’on lieu la plupart des affrontements, derrière quelques pâtés de maisons et d’une station essence Al-Huda. Une grande partie du terrain est très exposée, seules les maisons et les quelques murets qui les entourent sont là pour servir d’abris. Le 20 juillet, les affrontements y ont été particulièrement violents.

AR-RAM – La ville se situe immédiatement au dessus du checkpoint de Qalandia vers le Sud. L’entrée principale se situe au niveau d’un large rond-point sur la longue et sinueuse route 60 qui mène à Bethleem. C’est là où Mahmoud Hatem Shawamra, 20 ans, a été tué le 21 juillet. Les versions sur sa mort divergent. D’aucuns disent qu’un colon l’a tué, d’autres que ce sont les soldats qui lui ont tiré dans le dos. En tout cas, il est mort dans une ambulance militaire qui le ramenait à Hizma, la ville voisine. Des jeunes se sont attroupés autour du lieu où il a semble-t-il été abattu : on pouvait y retrouver les restes de matériel médical israélien. Mais rien ne valide l’hypothèse d’un tir de colon : cet endroit est situé exactement là où se déroulent les affrontements, à l’entrée d’Ar Ram.

Et c’est d’ailleurs de là qu’est partie une manifestation à l’annonce de son décès, d’abord en direction du centre d’Ar Ram, puis vers les blindés de l’armée positionnés depuis plusieurs heures en face de l’entrée de la ville, au niveau du rond-point. Pour atteindre les soldats, il faut d’abord pouvoir sortir de la ville et atteindre la route, mais l’armée se positionne au delà, abritée derrière une barrière de béton, et intercepte rapidement les tentatives d’attaques par quelques tirs, qui bénéficient d’un éclairage plutôt favorable.

En dehors du district de Ramallah, des nouvelles d’affrontements viennent aussi quotidiennement d’Hébron, de Halhul, de Beit Oumar ou de Al Arrub, où la population subit les incursions régulières de l’armée. Mais il ne faut pas croire que le conflit s’est focalisé sur quelques villes ou villages portant le flambeau de la résistance palestinienne : partout où les soldats israéliens mettent les pieds, la population réagit à leur invasion par des jets de pierre. Et l’actualité brûlante de ce dernier mois a ravivé la colère d’une population pressurisée depuis bien trop longtemps.

Et si d’aucuns en occidents voient dans les manifestations non-violentes du vendredi (Bil’in, Ni’lin, Nabi Saleh, Al Masara, Kufr Qaddum) l’avenir de l’insurrection palestinienne, la résistance quotidienne est pourtant bien moins visible et moins médiatisée, en dehors des médias locaux. Tout se joue en général à la nuit tombée.

Les forces d’occupation n’aiment pas les témoins

Vendredi 18 juillet a été une journée particulièrement tendue entre les Palestiniens et l’armée israélienne. Comme chaque vendredi dans nombreux endroits des territoires occupés, les Palestiniens ont pris d’assaut l’armée israélienne et ses infrastructures, sans armes, mais avec la détermination légèrement suicidaire qu’on leur connait. Et cette détermination se trouvait hier renforcée par la volonté d’exprimer dans la révolte leur solidarité avec les résidents de Gaza, massacrés depuis maintenant plusieurs semaines par les forces israéliennes.

Dans l’après-midi du 18 juillet, je me suis d’abord rendu à Ofer.

Ces affrontements rencontrent de la part des forces israéliennes d’occupation une violence souvent disproportionnée, celles-ci n’hésitant pas à tirer à balles réelles lorsque l’usage du gaz et des balles de caoutchouc ne les satisfait pas suffisament. Lors de ces démonstrations de forces, les soldats d’Israël ne font souvent aucune distinction entre l’émeutier, le secouriste, le passant et les journalistes. Ce jour-là j’ai pu assister à la chasse aux journalistes à laquelle se livre l’armée israélienne. A plusieurs reprises, les jeeps militaires se sont approchées de façon menaçante des journalistes, les obligeant à se replier dans leurs voitures, avant de jeter délibérément des grenades à gaz à leurs pieds. Puis, dans un second temps, un canon à eau s’est employé à « nettoyer » les journalistes présents.

J’ai pu moi-même faire l’expérience de cette violence dirigée contre les témoins, lorsque me trouvant tout seul en amont d’un véhicule blindé de l’armée, j’ai reçu une balle de caoutchouc en plein torax, alors même que je portais ma caméra à hauteur des yeux. Il est incontestable que j’étais, en qualité de témoin, la cible directe de ce tir et que le soldat qui a tiré depuis la portière du véhicule savait pertinemment où la balle allait me toucher, à savoir à quelques centimètres seulement de mon visage.

En fin de soirée, les affrontements ont éclaté près du checkpoint de Qalandiya. Arrivé sur place avec un ami photographe, et tentant d’arriver au plus près des soldats israéliens alors que les échanges de tirs faisaient rage, nous nous sommes retrouvés avec des journalistes de la télévision palestinienne sous le feu nourri des soldats israéliens. L’un des journalistes, Fadi Al Jayoussi, a reçu une balle dans la jambe.

Israël fait encore une fois la démonstration de sa violence aveugle, alors même que l’opération sur Gaza, condamnée partout à travers le monde, a déjà causé la mort de 316 personnes et blessé plus de 2200, dont une majorité d’enfants.

Trop c’est trop, à Qalandiya Israël tire sur la foule

Le 24 juillet, à l’appel d’un collectif pour la commémoration de la Nakba (destruction de 400 villages palestiniens et exil forcé de 700 000 Palestiniens lors de la formation de l’Etat d’Israël), une manifestation était prévue au départ du camp de réfugiés d’Al ‘Amari, dans le but de forcer le checkpoint de Qalandiya et de rejoindre Jérusalem et la mosquée d’Al-Aqsa, interdite depuis plusieurs jours à toutes les personnes de moins de 50 ans, alors même que les musulmans s’apprêtent à fêter la fin du Ramadan.

Le départ était annoncé à 21h30 par des affiches apposées partout à Ramallah. Et c’est bien avant l’heure que des milliers de Palestiniens étaient déjà rassemblés sur la route 60, formant une marée de drapeaux de la Palestine et de keffiehs. Avec un ami photographe, on a décidé d’aller rejoindre la tête de la manifestation, mais il nous a fallu bien une heure pour remonter le cortège. De fait, la tête de la manifestation était déjà à Qalandiya. Là, l’armée israélienne avait depuis plusieurs heures bloqué l’accès au checkpoint par des blocs de béton et des grilles, nous attendant de pied ferme.

Impossible de voir les forces israéliennes, dans la mesure où un énorme spot placé sur l’un des miradors nous éblouissait, inondant l’ensemble de la scène d’une lumière aveuglante.

La bataille avait commencé depuis un moment et des centaines de pierres jonchaient déjà le sol. En arrivant, la foule se faisait plus compacte et des dizaines d’ambulances avaient déjà entamées leur ronde infernale. Des nuages noirs s’échappaient de pneus en feu et, devant, des dizaines de Palestiniens essayaient d’atteindre l’armada israélienne avec leurs projectiles, s’abritant derrière quelques maigres obstacles (le muret du terre-plein central, un hangar fatigué, une benne à ordure et un barbecue métallique). Des centaines de personnes, accroupies en grappes, tentaient d’éviter les tirs israéliens.

Parvenant sur le devant de la scène, on a été mis dans le bain tout de suite, voyant arriver sur une civière le corps du premier martyr, le front percé d’une balle. Et derrière lui, toutes les deux minutes, des groupes de personnes extrayaient d’autres blessés pour les amener aux ambulances prêtes à partir. Les appels en boucles à l’adresse des secouristes, en plus des volutes de fumée noire, des bruits de balles, de feux d’artifices et des sirènes des ambulances, renforçaient la vision d’apocalypse : « SA’AF ! » (ambulancier en arabe).

Après avoir perdu de vue mon ami, je suis allé de tous les côtés de la bataille : à droite près du Mur de séparation, à gauche sur les toits, au milieu de la route, restant à un moment bloqué pendant 15 minutes allongé derrière un mur avec des dizaines d’autres, tandis que les Israéliens tiraient juste au dessus des têtes. Les lasers verts des armes israéliennes et le sifflement aigu des balles étaient terrifiants.

Il y a bien eu quelques tirs à balles réelles depuis le côté palestinien, accueillis par des sifflements et des applaudissements, mais globalement la bataille était livrée à l’aide de pierres, de cocktails molotov et de feux d’artifices. Les assauts répétés des Palestiniens aux cris d’« Allah Akbar ! » étaient accueillis par des séries de tirs, les balles sifflant au milieu de la foule pour aller se loger dans les corps en mouvement, aboutissant sur près de 287 blessés et 2 morts, chiffres qui devraient être confirmés bientôt par les médecins de l’hôpital de Ramallah. Il semblerait que beaucoup de blessés – et possiblement l’un des morts – viennent du camp de réfugiés de Al-‘Amari.

J’apprendrais par la suite l’identité du jeune homme que j’ai vu sur la civière : Muhammad al-A’raj, de Qalandiya, tué à 17 ans.

J’ai quitté la bataille autour de 3 heures du matin, alors que la foule était déjà clairsemée et que ça devenait toujours plus risqué de rester sur place. J’avais vraiment l’espoir, comme beaucoup ici, que cette manifestation forcerait le checkpoint, mais la lutte était vraiment inégale. Malgré la détermination sans faille de centaines de jeunes Palestiniens, défiant les balles, l’assaut manquait fortement d’organisation : pas de boucliers, quasiment pas de barricades, presque rien pour se protéger.

Vendredi après la prière de 12h45 auront lieu les funérailles des martyrs. Cette nouvelle journée risque bien de se finir à nouveau dans la violence.

Rentré à Paris, mon esprit brûle encore

Rentré de Palestine ce lundi, je tente de remettre de l’ordre dans mes pensées, de revenir sur les choses que j’ai vu, les discussions que j’ai eu, les sensations que j’ai ressenti au cours de ces 45 jours passés en Israël et en Cisjordanie.

Sans sombrer dans des considérations orientalistes ou exotisantes, j’ai trouvé chez les Palestiniens une incroyable hospitalité et une ouverture d’esprit sans pareille. Difficile de comprendre comment après tant d’années de privations et de violences, le peuple palestinien arrive encore à trouver la force d’aimer l’Autre et de lui ouvrir sa porte. On a tendance à croire que l’être humain dont la vie est jonchée de drames se laisse fatalement emporter par ses plus noirs sentiments et que la destinée d’un peuple meurtri est de se déchaîner dans l’adversité et le terrorisme. Mais il n’en est rien.

Si les martyrs font partie de la vie palestinienne, et si mourir sous les coups de l’ennemi est vécu par les familles de shaheed autant comme un drame que comme un honneur, je n’ai pas vu chez les Palestiniens ce fanatisme que certains voudraient leur prêter et qui voudrait que les Palestiniens soient tous des partisans des attentats-suicide.

Pour autant, je dois admettre que je ne ressent ni mépris ni indifférence pour ceux et celles qui ont choisi de donner ainsi leur vie pour la liberté, que ce soit par colère, par désespoir ou par haine. Mettre sa vie dans la balance, ce n’est jamais tout à fait un choix, c’est souvent l’aboutissement d’une longue descente aux enfers, d’une lente prise de conscience de la vanité de la vie dans des contextes où tout n’est qu’entrave au bonheur et à la joie. Israël a construit les conditions de sa propre destruction, en écrasant continuellement tout un peuple sous son talon de fer, sous prétexte de lutter contre le terrorisme, alors que la source de ce terrorisme est dans les origines mêmes de la création d’Israël : sans la destruction de centaines de villages, sans l’assassinat et l’expulsion de milliers de Palestiniens de leurs terres et sans Occupation, il n’y aurait pas eu de terrorisme.

En Palestine, je n’ai jamais eu peur. Les seuls moments où j’ai ressenti la peur, c’était au contact des colons et des soldats israéliens. Ils ont peur autant qu’ils inspirent la peur, parce qu’ils sont faits de peur. Enfermés dans des îlots résidentiels entourés de murs et de barbelés, munis d’armes automatiques et accompagnés d’hommes en armes, exprimant la méfiance et le mépris, ils ont oublié leur humanité. Ils se comportent souvent avec agressivité, y compris à l’égard des non Palestiniens. Et les excuses qu’ils pourront donner pour se justifier d’être si fermés sont fausses : ils ne sont pas en danger. Il suffira pour ça de comparer le nombre de morts Israéliens et Palestiniens depuis 2000 pour comprendre que ce ne sont pas eux qui ont le plus besoin de protection et de sécurité.

Mais à leur parler, on comprend très vite qu’ils sont bercés de mythes et de préjugés, convaincus depuis leur plus jeune âge que l’Arabe est un assassin et un menteur, qui ne souhaite que la destruction des Juifs. Chez les colons, on raconte que les enfants arabes apprennent à tuer à l’école, que la notion de paix chez eux n’existe pas, que la civilisation arabe est sans foi ni loi et que le Coran n’enseigne que la violence. Discuter avec les colons m’a amené à entendre des choses que je n’aurai pas cru pouvoir sortir de la bouche d’un peuple si longtemps persécuté et victime du racisme. Ces Juifs ont oublié.

Durant ce mois en Palestine, j’ai découvert que le racisme de la société israélienne était extrême, qu’il pouvait prendre la forme de pogroms dignes de ceux qui ont entraîné la mort de milliers de Juifs en Russie entre 1880 et 1945. J’ai vu de larges groupes de jeunes Israéliens descendre dans la rue en hurlant « mort aux arabes » et en frappant leurs détracteurs, exprimant des désirs de massacre et insistant ouvertement sur la nécessité de s’en prendre d’abord aux enfants et aux femmes enceinte pour que la race arabe ne se reproduise pas. Les élites israéliennes auront beau nous dire qu’il s’agit de positions marginales, les prises de paroles de personnages publics, la caution donnée par l’Etat israélien aux violences des colons et la propagande accompagnant le massacre de la population gazaouie sont autant de signaux favorables envoyés à tous les fascistes israéliens.

Il y a malgré tout de nombreuses voix israéliennes opposées à la politique de l’Etat d’Israël. Il y a des organisations juives pour la paix, des Juifs orthodoxes antisionnistes, des militants de la gauche israélienne, des Anarchistes contre le mur. Mais ils rencontrent eux aussi une violence sans pareille, accusés de trahir leur peuple et de jouer le jeu de l’antisémitisme, alors qu’il ne s’agit pour eux que de dénoncer le nationalisme juif.

La Palestine est définitivement faite de contrastes et de dissonances. Et lorsque je remonte le fil de l’actualité de ce dernier mois, je me rends compte que les incohérences s’accumulent. Rien aujourd’hui n’éclaire par exemple les circonstances de la mort des colons Gilad Shaer, Naftali Fraenkel et Eyal Yifrah, dont les corps ont été retrouvés quasi intactes après avoir passé deux semaines sous un tas de rochers en plein soleil. Israël s’est empressé d’accuser deux jeunes Palestiniens de Halhul dont ils n’ont jamais retrouvé la trace, avant de détruire les maisons de leurs familles et d’arrêter leurs proches. Les opérations militaires dans de nombreuses communes de Cisjordanie, ainsi que la violence des colons et l’assassinat du jeune Palestinien Mohammed Abu Khdeir à Shu’afat, puis le bombardement de Gaza, se sont soldés par des semaines d’affrontements quotidiens au cours desquels des centaines de Palestiniens ont été blessés et une vingtaine tués en Cisjordanie.

Qui est responsable de tout ça ? Que deviendront les jeunes fanatiques qui ont incinéré vivant Mohammed Abu Khdeir ? Ils ont déjà été relâchés, placés sous contrôle judiciaire. Que deviendront ces soldats qui, délibérément, de leurs armes de pointe, ont abattu des Palestiniens armés de pierres ? Ils sont félicités, ils ont bien fait leur travail. Israël rend grâce aux assassins.

Pendant ce temps à Gaza, on est à 1422 morts (23% d’enfants) et 8265 blessés au 31 juillet. On a dépassé le montant des victimes des opérations précédentes. Israël ne se défend pas, Israël extermine. Certains parlent de génocide, le mot qu’on ne doit pas dire sans l’aval de l’ONU.

J’ai quitté la Palestine alors même que les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, le bras armé du Fatah, lançait à son tour des attaques ciblées contre les forces armées israéliennes et les colons en Cisjordanie, en solidarité avec Gaza et en soutient des actions du Hamas. Autant dire que l’été n’a pas fini d’être brûlant.

Palestine 2013 : Première confrontation avec la réalité coloniale

Palestine 2013 : Première confrontation avec la réalité coloniale

À propos de l’auteur : Cédric Domenjoud est un chercheur indépendant et activiste basé en Europe. Ses domaines de recherche portent sur l’exil, les violences politiques, le colonialisme et l’autodéfense communautaire, en particulier en Europe occidentale, dans l’ancienne URSS et au Levant. Il mène des recherches sur la survie et l’autodéfense des communautés syriennes et réalise un film documentaire sur Suwayda, dans le cadre du projet Fajawat

En 2013, je me rends pour la première fois en Palestine. Je n’y connais personne, mais j’ai préparé ce séjour comme un voyage initiatique au cœur d’une réalité coloniale sur laquelle j’avais lu beaucoup de livres et d’articles, et regardé beaucoup de film documentaires. Quand on passe de l’autre côté du mur, c’est toute notre vision du monde qui s’en trouve impactée.

24 octobre 2013 – JERUSALEM

Cérémonie militaire devant le mur des lamentations. Des hommes et des femmes à l’allure austère se lamentent, des jeunes pieux dansent en l’honneur d’Israël. Des adolescents en armes, des hommes habillés en épouvantails, des enfants arabes qui me lancent des pierres et me menacent avec un bâton. Un homme pieu qui me prend la main et psalmodie quelques prières en espérant de moi un don, des pauvres erres agitant leur gobelet de pièces au passages d’adolescents frivoles…

Israël, je suis en Israël. Contrastes. Violence en suspens, prète à bondir. Un agent de l’ONU me croise alors qu’il enlève son gilet pare-balles couleur ciel. Un vendeur arabe s’agrippe à moi pour que je lui achète un sac à trois fois sa valeur. Un enfant juif, ou peut-être arabe je ne sais plus trop, me crache dessus alors que je lui tourne le dos. Et un troupeau de pélerins russes passe sous mes yeux, vêtus comme des mormons, faisant irruption du passé avec leurs fichus et leurs crucifixes en bois sombre…

Demain, je pars en Cisjordanie. Manifestation pour les sept ans de lutte pour Al Ma’sara, au sud-ouest de Bethleem. Ca va sentir le gaz lacrymogène. Deux françaises ont proposé de faire la route ensemble depuis Jérusalem. Départ 9h30, porte de Damas.

Je viens de terminer « Maintien de l’Ordre » de David Dufresne et je vais commencer la lecture de « Villes sous contrôle » de Stephen Graham. La militarisation de l’espace urbain, sujet bien à propos.

25 octobre 2013 – BETHLEEM

La manifestation à Al Ma’sara avait tous les aspects d’un paradoxe. Arrivés parmi les premiers, on est tombés sur Mahmud, l’un des leaders des Comités Populaires, qui s’entretenait avec une fille allemande, bénévole pour trois mois pour l’AIC. Discours intéressant sur la non-violence, tactique de lutte bien différente de ce que prônent les théoriciens bobos de la désobéissance civile européens. Pas question ici d’esquiver la confrontation physique, mais plutôt de rester systématiquement en position d’agressé, de celui qui répond plutôt que celui qui prend l’initiative de l’attaque. De l’auto-défense populaire en somme. Pour autant, là aussi les media et les prises de paroles symboliques prennent la place du combat contre l’oppression. C’est loin d’être un renoncement, parce que ce sont bel et bien des résistants, mais ce ne sont pas non plus des combattants, parce qu’ils n’existent qu’à travers l’objectif des « touristes militants », bénévoles et volontaires d’ONG, élus communistes ou écolo, ou encore quelques anarchistes égarés comme moi, qui voudraient prêter main-forte, mais se retrouvent cantonnés dans le rôle de témoins, de spectateurs. Je ne critiquerai pas davantage, car je n’ai pas perdu mes proches, je ne suis pas écrasé dans l’étau de l’occupation et je ne vis pas dans la peur d’être arraché de mon lit par des soldats en armes.

La manifestation, surtout composée d’étrangers munis d’appareils photo, est montée vers l’entrée du village, en direction de la colonie d’Efrat, puis a été très vite bloquée par un cordon de soldats israëliens. Quelques bousculades, des slogans en arabe et en anglais, deux ou trois coups de pieds et de coude sur les boucliers, puis des prises de parole plutôt caricaturales, pour satisfaire les invités. Enfin, tentative d’une partie du groupe, des jeunes palestiniens et quelques étrangers plus déterminés, d’esquiver les soldats en coupant par un champs d’oliviers. En vain, les soldats se redéploient en contrebas. Une jeep poursuit des lanceurs de pierres, comme pour le folklore là encore. Il y aura bien quelques tirs de gaz lacrymogène, mais alors que les étrangers n’étaient déjà plus là pour regarder. Tirs qui susciteront d’ailleurs la colère des habitants du hameau voisin, qui s’en prennent aux participants de la manifestation. Altercation plutôt violente des deux parties en présence, avec jets de pierres et empoignades, puis le retour au calme.

Finalement les étrangers quittent les lieux, le spectacle est terminé. Le soir, j’arrive à Ramallah. Je ne passerai pas shabbat à Jérusalem.

28 octobre 2013 – RAMALLAH

Après une nuit dans une auberge de jeunesse, où évidemment il n’y a que des touristes, je suis conduit par Mohammad au camp de réfugiés d’Al Amari. Village dans la ville, il est habité par des personnes originaires de villages aujourd’hui disparus et qui se trouvaient sur le territoire de l’actuel Israël. Tout le monde s’y connaît, l’atmosphère est agréable, chaleureuse. Je lie très rapidement contact avec quelques habitants, tout en sachant que c’est bien éphémère. Demain je ne serai déjà plus là.

Puis je passe une journée à marcher le long du mur de séparation : Beit’ur at Tahta, Saffa, Bil’in. Paysage aride et horizon délimité par les colonies et leurs dispositifs de guerre : grilles, murs… Une jeep israélienne passe sur la route réservée aux israéliens, puis c’est à nouveau le silence, le soleil, les oliviers. Un jeune palestinien croisé sur le chemin met en garde face à la présence de chiens sauvages. Un panneau rouge aposé sur les barbelés met en garde celui qui tenterait de passer qu’il risque sa vie.

La Palestine est en paix, mais la Palestine est en guerre. Chaque jour apporte dans les actualités locales son lot d’incidents, d’agressions, d’arrestations, de raids de colons avec ou sans la complicité de l’armée. Les colons sont en guerre, eux. Une guerre d’anéantissement, pour le « lebensraum » des israéliens juifs. Extension de leur espace vital, extermination de tout ce qui y fait obstacle. Leur logique est impitoyable. Ils rasent les oliviers des palestiniens, tout un symbole.

1er novembre 2013 – NABLUS

Les uniformes vert kaki de Tsahal sont à chaque recoin des territoires palestiniens, soulevant des volutes de poussière derrière leurs jeeps rugissantes. Checkpoints et patrouilles, pêche aux lanceurs de pierres, entretien permanent du dispositif de domination des populations arabes. Ne pas oublier sa carte verte, l’AWIYYA.

Dans les villes, l’activité tourbillonante des vendeurs ambulants, des jeunes hommes qui tiennent les murs, des jeunes femmes aux voiles colorés qui viennent de l’université, fait oublier un temps qu’on est en zone occupée. C’est vivant, ça respire. « Welcome ! What’s your name ? How are you ? » : les gamins, comme les plus vieux, saluent l’étranger de passage, l’occidental en transit au pays d’Arafat, de l’intifada et du mur de séparation. L’accueil est toujours aussi chaleureux, et traîner dans la rue est un plaisir de chaque instant.

Mais il faut rester dans les sentiers battus, aller d’un grande ville à l’autre, sans trop s’attarder sur les petites routes, près des colonies et du mur. Ce n’est pas interdit, mais ce n’est pas autorisé non plus. Même si la porte de Qalandia est ouverte, on ne nous a pas demandé d’entrer.

Kufr Qaddum, Qaryut, Ras, Beit Ummar, Halhul, Susiya, Yabad : la liste des bleds meurtris ces derniers jours par des violences entre israéliens et palestiniens n’en finit pas de s’allonger.

Et lorsqu’on franchit l’enceinte d’une colonie, à Gilad Farm ou à Yitzhar, Tsahal n’est jamais loin pour nous rappeler qu’on n’a rien à faire là. Les uniformes kaki viennent cueillir l’intrus pour le cuisiner entre les quatre murs du commissariat de la colonie-ville d’Ariel. C’est ce qui m’est arrivé après être entré à Yitzhar. On y apprend que les villes palestiniennes sont dangereuses, que les arabes sont des tueurs, que l’armée est là pour assurer la sécurité des israéliens. Contre la violence qu’eux-mêmes génèrent, bienvenue au pays des paradoxes et du contraste !

Durant mes cinq heures de « privation de liberté », entre les murs du poste de police, je suis témoin d’une juxtaposition de situations toutes autant banales que violentes : des palestiniens jeteurs de pierres, les parents israélien d’un ado récalcitrant, des policiers guillerets et des soldats surarmés, deux autres palestiniens aux yeux bandés et aux mains liées dans le dos, qu’on force à baisser la tête, promis à une longue peine de prison pour avoir supposément attaqué un soldat au couteau…

« Pourquoi êtes-vous venus en Palestine ? Quelles villes avez-vous visité ? Où comptez-vous aller après ? Quand quittez-vous Israël ? Où dormez-vous ? Comptez-vous aller à des manifestations ? Connaissez-vous le conflit israélo-palestinien ? Avez-vous contact avec des ONG ? etc. »

Les questions s’égrènent, identiques les unes aux autres, d’abord par l’agent de sécurité de la colonie de Yitzhar, puis le capitaine de Tsahal, puis par l’officier de police et enfin par l’employée des renseignements militaires (AMAN) au téléphone. La rengaine sécuritaire d’un pays qui vit dans la peur et la paranoïa. Ubuesque, si ce n’était pas dramatique. Tous ces adultes qui agissent comme des enfants, qui jouent aux indiens et aux cowboys, aux policiers et aux voleurs, aux gentils et aux terroristes. On pourrait en rire s’il n’y avait pas des palestiniens morts et prisonniers dans les coulisses.

2 novembre 2013 – JENIN

Ambiance feutrée d’une salle des professeurs, école de Zabda. Je découvre le fonctionnement familial d’une petite école de village, qui me rappelle les école de Russie. Les enfants du monde entier sont les mêmes. Les professeurs sont jeunes et souriants, aiment leur travail et sont curieux du monde qui les entourre. Ca change de l’individualisme occidental. Soleil dans les rideaux. Près de l’école pousse du tabac, la région est connue pour ça. Je passe d’une salle de classe à l’autre et les enfants sont tout excités de me poser des questions. Ca me fait plaisir et ça me fait découvrir les particularités d’une enfance palestinienne.

Après l’école, sur la route vers Yabad, on s’arrête entre deux colines, dans une exploitation de charbon de bois. Décor de fin de siècle, Germinal rejoué à Jénine. Les personnes qui travaillent là, le visage couvert de suie, s’affairent à construire des monticules de bois importé de « Palestine occupée » comme ils disent : la Palestine qui est de l’autre côté du mur. Recouvert ensuite de paille et de suie, le monticule est mis à feu depuis son sommet. Il se consumme ensuite pendant des heures en dégageant des nuages de fumée noire. Et c’est ainsi que naît le charbon de Yabad. Cancer des poumons garanti.

4 novembre 2013 – DEPART EXPRESS

A propos de cancer, celui de mon père fait parler de lui. Je dois quitter Jenine, Ahmad et son école pour rentrer en France. Avant qu’il ne soit trop tard. Je ramène avec moi des sacs entiers d’une herbe de Jénine qui aurait prétendument sauvé Mohammed, un vieil homme de Tura. Après avoir constaté la guérison de l’un de ses moutons, l’homme a fait bouillir l’herbe que celui-ci avait mangé et s’en est fait une décoction. Quatre mois plus tard, son cancer se serait fait la belle. Des journalistes et des scientifiques se sont bousculé à son portillon pour tenter de percer le mystère de la plante médicinale. A mon tour de me faire magicien, en espérant que le tour prenne.

Sur le toît de l’hôtel Citadel à Jérusalem j’attends l’appel du muezin pour rejoindre Tel Aviv. En espérant que les contrôles ne seront pas longs. Les mosquées chantent à l’heure des premiers transports.

5 novembre 2013 – LA FRONTIERE

Sans dessus dessous. Il aura fallu deux heures entières pour scanner, rescanner et rescanner encore les moindres recoins de mon sac-à-dos, à la recherche d’un produit explosif fantasmé. Mal de crâne, l’attente est longue. Chaque objet est palpé, puis je suis palpé à mon tour. Ouvrir le sac, enlever les chaussures, déboutonner le pantalon, enlever le pull, sortir les affaires du sac. L’agent qui me contrôle n’a pas mon âge. Il me colle aux basques, m’amène au check-in, puis au contrôle des passeports. Une autre me demande le motif de mon séjour en Israël, puis un second. Les mêmes questions : où êtes-vous allé ? Avez-vous des amis ou connaissances en Israël ? Depuis combien de temps êtes-vous ici ? Où avez-vous dormi ?

Ils ont une petite sonde bleue en forme de louche qu’ils glissent entre chaque pli des baggages. Paranoïa.

Retour en occident, retour à la normale : bêtise, peur, intérêts, xénophobie, guerre de basse intensité. Je suis en terrain connu. C’est bien ça qui m’inquiète. Demain, je vais voir mon père.

NOTES:

[1]  Maher Alloush (1976, Homs), writer and researcher specializing in political, social and economic issues, as well as Transitional Justice, Hassan al-Daghim (1976, Idleb), graduate in Islamic studies and comparative jurisprudence, Mohammed Mustat (1985, Aleppo), graduate in electronic engineering, political science and Islamic studies, Youssef al-Hijar, Mustafa al-Moussa, pharmacist and member of HTS, Hind Kabawat (1974, India), Master’s degree in Law and International Relations and Houda Atassi, civil engineer with degrees in Architecture and Information Technology.

[2] Abdul Hamid al-Awak, PhD in Constitutional Law; Yasser al-Huwaish, recently appointed Dean of the Faculty of Law at Damascus University; Ismail al-Khalfan, PhD in International Law; Mohammad Reda Jalkhi, PhD in International Law; Bahia Mardini, the only female journalist with a PhD in Law.

[3] Anas Khattab (1987, Rif Dimashq), Minister of Interior; Murhaf Abu Qasra (1984, Hama), Minister of Defense; Asaad al-Shaibani (1987, Al-Hasakeh), Minister of Foreign Affairs and Expatriates; Mazhar al-Wais (1980, Deir Ez-Zor), Minister of Justice; Mohammed Abu al-Khair Shukri (1961, Damascus), Minister of Awqaf; Marwan al-Halabi (1964, Quneitra), Minister of Higher Education; Hind Kabawat (1974, India), the only woman, Minister of Social Affairs and Labor; Mohammed al-Bashir (1984, Idleb), Minister of Energy; Mohammed Yisr Barnieh, Minister of Finance; Mohammad Nidal al-Shaar (1956, Aleppo), Minister of Economy and Industry; Musaab Nazzal al-Ali (1985, Deir Ez-Zor), Minister of Health; Mohammed Anjrani (1992, Aleppo), Minister of Local Administration and Environment; Raed al-Saleh (1983, Idleb), Minister of Emergency and Disaster Management; Abdul Salam Haykal (1978, Damascus), Minister of Communications and Information Technology; Amjad Badr (1969, As-Suwayda), Minister of Agriculture and Land Reform; Mohammed Abdul Rahman Turko (1979, Afrin), Minister of Education; Mustafa Abdul Razzaq (1989), Minister of Public Works and Housing; Mohammed Yassin Saleh (1985), Minister of Culture; Mohammed Sameh Hamedh (1976, Idleb), Minister of Youth and Sports; Mazen al-Salhani (1979, Damascus), Minister of Tourism; Mohammad Skaf (1990), Minister of Administrative Development; Yaarub Bader (1959, Latakia), Minister of Transport; Hamza al-Mustafa, Minister of Information.

[4] Except by proxies.

[5] https://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/deal-for-joint-military-action-with-us-in-syria-could-elevate-russia-as-well-as-defeat-isis-a7237256.html

[6] https://www.middleeasteye.net/fr/news/russia-and-turkey-agree-deal-coordinate-strikes-syria-1427197601

[7] https://arabcenterdc.org/resource/jordan-and-the-us-russia-deal-in-southern-syria/

[8] https://www.dohainstitute.org/en/PoliticalStudies/Pages/Israel-Reacts-to-US-Russian-De-Escalation-Agreement-in-Syria.aspx

[9] See the history of Ahmad Al-Awda’s 8th Brigade – https://middleeastdirections.eu/new-publication-med-the-eighth-brigade-striving-for-supremacy-in-southern-syria-al-jabassini/

[10] He is currently still in charge.

[11] Between 4356 and 6456 civilians killed according to airwars.org; 8763 civilians killed according to the Syrian Observatory for Human Rights.

[12] Zahran Alloush (founder of Liwa al-Islam in September 2011, which became Jaysh al-Islam in 2013); Ahmad Issa al-Sheikh (founder of Suqour al-Sham in September 2011); Abu Khalid al-Suri and Hassan Aboud (founders of Ahrar al-Sham December in 2011).

[13] Anas Hassan Khattab is also said to be a liaison officer for the Turkish intelligence service (MIT). He is believed to be operating under the control of MIT officer Kemal Eskintan, known to jihadists under the pseudonym Abu Furqan, himself under the orders of Hakan Fidan, then Ibrahim Kalin, heads of Turkish intelligence from 2010 to 2023 and since 2023. After 15 years of close collaboration, Ibrahim Kalin and Hakan Fidan were the first foreign officials to visit Damascus after the fall of the Assad regime. The former was seen praying with Al-Sharaa at the Umayyad Mosque on December 12, 2024, while the latter celebrated Turkey’s victory with Al-Sharaa on the heights of Qassiun on December 22, 2024.

[14] Opposition leaders present in Astana include Mohammed Alloush (Jaysh al-Islam – Army of Islam), Fares Al-Bayoush (Jaysh Idleb al-Harr – Free Army of Idleb), Nasser al-Hariri (Syrian National Coalition of Opposition Forces and the Syrian Revolution), Abu Osama Joulani (Southern Front, made up of 58 rebel factions). Eleven other groups are taking part in the negotiations.

[15] Abdul Rahman Hussein al-Khatib a.k.a.  » Abu Hussein al-Urduni  » (Jordanian, General de brigade) ; Omar Mohammed Jaftashi a.k.a.  » Mukhtar al-Turki  » (Turc, General de brigade) ; Abd al-Aziz Daud Khudaberdi a.k.a.  » Abu Mohammed al-Turkistani  » ou  » Zahid  » (Chinese ouïghur, General de brigade) ; Abdel Samriz Jashari  a.k.a.  » Abu Qatada al-Albani  » (Albanais, colonel) ; Alaa Muhammad Abdul Baqi (Egyptian, colonel) ; Moulan Tarson Abdul Samad (Tadjik, colonel) ; Ibn Ahmad al-Hariri (Jordanian, colonel) ; Abdulsalam Yasin Ahmad (Chinois Ouïghur, colonel) …

[16] The leaders of these groups are, respectively, former Assad Republican Guard commander Moqdad Fteha, former head of the Syrian Arab Army’s 4th Armored Division Ghiath Dalla and Mundir W.

[17] Realizing the scale of voluntary participation in the offensive – and no doubt the genocidal chaos that ensued from the very first hours of clashes – the Authorities subsequently announced that this support was no longer necessary.

[18] Figures vary according to the two main sources: Syrian Observatory for Human Rights (SOHR) and Syrian Network for Human Rights (SNHR).

[19] Hussein al-Salama as head of intelligence, replacing Anas Khattab, Amer Names al-‘Ali as chairman of the Central Control and Inspection Authority (anti-corruption) and Sheikh Rami Shahir al-Saleh al-Dosh as head of the Supreme Council of Tribes and Clans. All three hail from the town of Al-Shuhayl in the governorate of Deir Ez Zor, which has a population of less than 15,000.

[20] Which are nothing other than an Arab-Muslim version of European fascism.

[21] The chabiha are the regime’s supporters, henchmen and mercenaries, most of whom have been integrated into the National Defense Forces and other paramilitary groups.

[22] In the words of Syria’s new Foreign Minister Asaad al-Shaibani during his speech at the 9th Donors for Syria Conference in Brussels on March 17, 2025.

[23] The Murshidis are a recent religion founded in 1923 in the Latakia region by Salman al-Murshid. This religion derives from Alawism, and its members exist only in Syria, where they are estimated to number between 300,000 and 500,000.

[24] See our mapping of incidents listed by the Syrian Observatory for Human Rights on the home page of our website: https://interstices-fajawat.org/fr/accueil/

[25] As is already the case for the Jaysh al-Islam faction, whose members Majdi Nema aka Islam Alloush and Essam Al-Buwaydani aka Abu Hammam were arrested and prosecuted in international legal proceedings before being granted diplomatic immunity.

[26] https://english.enabbaladi.net/archives/2025/02/transitional-justice-in-syria-steps-to-diffuse-tension/

[27]  https://english.enabbaladi.net/archives/2025/02/former-syrian-interior-minister-mohammad-al-shaar-surrenders-to-authorities/

[28] In the wake of this controversial visit, General Security quietly arrested the commander of the local branch of the National Defense Forces, Ghadeer Salem, then – with more media noise – three of his subordinates, Mundhir Al-Jaza’iri, Somar Mohammed Al-Mahmoud and Imad Mohammed Al-Mahmoud.

[29] These include : Farhan al-Marsumi, chief of a Bedouin tribe in Deir Ez Zor, actively involved in drug trafficking to Iraq in collaboration with Maher al-Assad’s 4th Division and Iranian militias; Agnès Mariam de la Croix, Mother Superior of the Carmelite monastery of “Saint-Jacques le Mutilé” in Homs, an accomplice and active propagandist for the Assad regime; Dr. Tammam Al Yousef, cardiac surgeon and brother of Brigadier General Ali Mu’iz al-Din Youssef al-Khatib, head of the Idleb air force intelligence service, suspected of corruption and embezzlement in cooperation with the Assad regime; Safwan Khair Beyk aka “Safwan Shafiq Jaafar”, mafia boss from Jableh and leader of the National Defense Forces, linked to the Assad family through Bashar al-Assad’s cousins, Mundhir al-Assad and Ayman Jaber – Source: Zaman al-Wasl – https://www.zamanalwsl.net/

[30] The number of missing is estimated between 96,000 and 158,000, including enforced disappearances attributed to the Assad regime, the Islamic State, the Syrian Democratic Forces, armed opposition factions, the Syrian National Army and Hayat Tahrir al-Sham.

[31] It was only through public appearances and rallies in the three months following the fall of the regime that the families of the disappeared represented by The Syria Campaign obtained an appointment with Al-Sharaa in February 2025 – https://diary.thesyriacampaign.org/my-father-is-still-missing-join-wafas-struggle-to-uncover-the-truth-about-syrias-disappeared/

[32] As early as December 20, 2024, the Association of Detainees and Missing Persons in Sednaya Prison (ADMSP), Amnesty International, Human Rights Watch and the Independent International Commission of Inquiry set up by the UN Human Rights Council urged the transitional government to take steps to protect the archives and evidence of mass atrocities – https://reliefweb.int/report/syrian-arab-republic/syria-preserve-evidence-mass-atrocities-enar

[33] The hallali is the decisive moment in hunting when the impatient or excited herd of hounds rushes to the exhausted prey to put an end to the hunt.

[34] Withdrawals from ATMs have been frozen, while a large number of civil servants are no longer receiving their salaries.

[35] The exchange rate fluctuated between 10,000 and 12,000 pounds per dollar during the first four months of 2025, compared to a rate of 14,750 pounds before the fall of the regime, 15,000 the day after and an exceptional drop to 8,000 at the beginning of February – ttps://www.sp-today.com/en/currency/us_dollar/city/damascus

[36] https://english.enabbaladi.net/archives/2025/02/turkish-goods-undermine-local-products-in-syria

[37] The Turkish embassy in Damascus reopened on December 14 after a 12-year interruption in diplomatic relations, and its foreign minister, Hakan Fidan, officially visited Al-Sharaa on December 22, on the eve of Qatar’s visit.

[38] Syria’s relationship with Turkey must be distinguished from its relationship with Qatar and Saudi Arabia. While the former is characterized more by a form of military and strategic dependence, implying a form of colonial extension and Turkish security hold over Syria, the latter is primarily economic.

[39] The Deir Ali power plant is expected to generate 400 megawatts daily by burning natural gas supplied by Qatar via Jordan.

[40] Ahmad al-Sharaa remains on the international terrorism list with his war name of “Abu Mohammed al-Jawlani”, but the promise of a $10 million reward for his capture has been revoked by the USA.

[41] The main importers of Syrian crude oil in 2010 were Germany (32%), Italy (31%), France (11%), the Netherlands (9%), Austria (7%), Spain (5%) and Turkey (5%).